15 juillet 2026
Quand le symptôme devient un message
« Votre corps garde en mémoire ce que vous avez vécu. »
Cette phrase, je l’entends souvent résonner dans les séances.
Nous avons tendance à croire que nous décidons avec notre tête. Pourtant, il arrive que le corps réagisse bien avant que nous comprenions ce qui est en train de se jouer.
Il ne cherche pas à nous punir.
Il cherche, à sa manière, à nous protéger.
Pendant de nombreuses années, j’ai accompagné une femme qui avait construit sa vie autour des autres. Elle était une épouse attentive, une mère présente, une personne sur qui chacun pouvait compter. Peu à peu, sans vraiment s’en rendre compte, elle s’était oubliée.
Lorsqu’elle est venue consulter, elle ne savait plus très bien qui elle était. Elle avait le sentiment de vivre pour répondre aux attentes des autres plutôt que pour écouter ce qu’elle ressentait profondément.
Au fil des séances, quelque chose a commencé à changer.
Elle s’est autorisée à prendre du temps pour elle. Elle est retournée chez le coiffeur, s’est inscrite à une activité sportive, a participé à des ateliers de développement personnel. Elle a rencontré des personnes qui, elles aussi, cherchaient à sortir de schémas de vie devenus trop étroits.
Plus elle retrouvait sa place, plus elle ressentait le besoin d’exprimer ce qu’elle n’acceptait plus.
Un jour, elle a dit à son mari que certaines choses devaient changer. Ce n’était pas une rupture. C’était une manière de dire : « J’existe aussi. »
Quelque temps plus tard, la famille était invitée à un mariage.
Elle n’avait aucune envie d’y aller.
Non pas parce qu’elle n’aimait pas les personnes présentes, mais parce qu’elle ressentait profondément le besoin de rester avec elle-même. Son mari, inquiet de ce changement, insistait pour qu’elle l’accompagne.
Plus il insistait, plus son malaise grandissait.
Puis son corps a parlé.
Quelques heures avant le départ, elle a présenté des douleurs abdominales importantes, accompagnées de vomissements et d’une diarrhée. La situation était telle qu’il lui était impossible de partir.
Lorsque sa famille est finalement partie sans elle, les symptômes se sont rapidement apaisés, sans traitement particulier.
Faut-il en conclure que toutes les maladies sont d’origine psychologique ?
Bien sûr que non.
La médecine est indispensable, et tout symptôme mérite d’abord une évaluation médicale lorsqu’elle est nécessaire.
En revanche, certaines manifestations corporelles peuvent parfois apparaître lorsque nous sommes confrontés à un conflit intérieur que nous n’arrivons pas encore à exprimer autrement.
Dans cette situation, le corps n’était pas son ennemi.
Il avait trouvé une solution, certes coûteuse, mais efficace, pour lui permettre de dire un « non » que les mots n’arrivaient pas encore à prononcer.
J’aime souvent dire que le corps est notre allié.
Il fait toujours de son mieux avec les ressources dont il dispose à un instant donné.
Cette femme n’a pas guéri parce que ses symptômes ont disparu.
Elle a commencé à changer lorsqu’elle a compris le message que son corps tentait de lui transmettre.
Peu à peu, elle a appris à poser des limites, à exprimer ses besoins et à prendre sa place sans attendre que son organisme parle à sa place.
C’est là, à mes yeux, l’un des objectifs de l’accompagnement en psychosomatothérapie : permettre aux mots de remplacer progressivement les symptômes lorsque ceux-ci ont rempli leur fonction de protection.
Le corps n’a pas toujours besoin de crier.
Il le fait souvent lorsque, depuis trop longtemps, personne ne l’a écouté.
Chaque symptôme a une histoire. L’entendre ne remplace jamais les soins médicaux, mais peut parfois ouvrir un chemin vers une meilleure compréhension de soi.
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